A la suite du premier épisode, découvrez ici la suite des pérégrinations du cénotaphe et des cendres de Montaigne !

Une « querelle de chapelle »

Françoise de la Chassaigne, épouse de Montaigne, obtient en 1593, un an après la mort de son époux, la permission de faire inhumer son corps dans un caveau devant le grand autel de l’église du couvent des Feuillants à Bordeaux.

Le couvent des Feuillants, dessin de 1707, BNF

Le couvent des Feuillants de Bordeaux, dessin de 1707, Bibliothèque Nationale de France

C’est au-dessus de ce caveau que se dresse alors le cénotaphe de Montaigne. Ce premier emplacement est de courte durée… En effet l’église où se trouvent le cénotaphe et le corps est détruite peu de temps après pour être reconstruite.

Lors de cette reconstruction en 1604, une contestation naît entre les familles de Montaigne et de Florimond de Raymond. Les deux familles se disputent l’emplacement de la sépulture de leurs défunts respectifs, chacun voulant être dans le chœur ou face au chœur de la nouvelle église.

L’église des Feuillants s’étant dotée de chapelles latérales (voir le plan de l’église ci-dessous) et suite au procès opposant les deux familles, Madame de Montaigne obtient la permission d’installer en 1614 le caveau et le cénotaphe de son mari dans la chapelle Saint-Bernard, la première à gauche du chœur, sur le côté sud de l’église.

Plan de l'église, fonds des Feuillants

Plan de l’église du « monastère Saint-Antoine ». Archives Départementales de la Gironde, fonds des Feuillants © cliché AD Gir. En bas, à gauche, se situait la chapelle Saint Bernard.

 

De la Révolution à Napoléon

Montaigne repose dans cette chapelle pendant près de deux siècles, jusqu’à la Révolution. En 1793, tous les tombeaux des Feuillants sont profanés. L’on décide alors, pour honorer la mémoire de Montaigne, de porter cendres et cénotaphe au musée de la Société des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux, rue Jean-Jacques Bel, en bordure des Allées de Tourny, où ils resteront dix ans, jusqu’en 1803.

Trois années s’écoulent au cours desquelles un bruit d’abord timide pris de plus en plus d’ampleur : il y a eu confusion, ce n’est pas le corps de Montaigne qui repose au Musée ! Le baron de Caila, archéologue, porte un rapport le 16 mai 1803 démontrant que le cercueil exhumé est celui de Mme de Lestonnac, dont le tombeau se trouvait proche de celui de Montaigne dans la chapelle Saint-Bernard.

Joseph de Montaigne, dernier descendant de Michel de Montaigne à porter son nom, appelle la ville à réparer l’erreur et à remettre le tombeau et les restes de son aïeul à leur emplacement d’origine… La requête est accordée et le cénotaphe retrouve sa place, sur les lieux du couvent des Feuillants, avec cette fois-ci le bon corps pour accompagner le monument funéraire.

Les péripéties du cénotaphe de Montaigne ne s’arrêtent pas là : s’il regagne sa place d’origine, le couvent est alors devenu le Collège royal de Bordeaux. Mais ça, c’est une autre histoire à découvrir dans le troisième article des péripéties du cénotaphe de Montaigne !

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Collège royal, 1815, à l’emplacement de l’ancien couvent des Feuillants, Archives municipales de Bordeaux

 

Sources :
– A. Nicolaï, « L’odyssée des cendres de Montaigne », Bulletin de la Société des Amis de Montaigne, vol.15, 1949-52, p.31
– Jean-Yves Boscher, Les pérégrinations du cénotaphe et des cendres de Montaigne, tapuscrit, centre de documentation du musée d’Aquitaine.