Le château Michel de Montaigne

Aujourd’hui, nous vous invitons à pousser avec nous les portes du château Michel de Montaigne et marcher sur le traces de l’écrivain en compagnie de Manon Grier, responsable de l’accueil des publics au château.

Vue du château au domaine de Montaigne

Vue du château au domaine de Montaigne. Photo : Charlène Potier

 

La citadelle

Tour de Montaigne

Tour de Montaigne. Photo : Charlène Potier

Située sur la commune de Saint-Michel-de-Montaigne, en Dordogne, cette maison forte du XVIe siècle est acquise par l’arrière-grand-père de Michel de Montaigne, Ramon Eyquem, en 1477. Léguée à ses enfants et petits-enfants, Pierre Eyquem, le père de Montaigne, la fait aménager et fortifier. Il transforme ce vieux château presque en ruines en une imposante demeure seigneuriale, au milieu d’un vaste domaine. Michel de Montaigne y vécut en compagnie de ses parents et de ses frères et sœurs. Plus tard, devenu héritier à la mort de son père en 1568, il s’y installe avec sa femme, Françoise de la Chassaigne.

Le château fut transformé à de nombreuses reprises. En 1885, un incendie détruit totalement l’édifice, à l’exception de la tour de Montaigne. Aujourd’hui, le seul vestige du XVIe siècle encore apparent est cette tour ronde dans laquelle Montaigne fit son refuge. Il s’agit d’une citadelle de cinq pièces construite par son père à des fins défensives (on aperçoit encore le chemin de ronde).

Voûte étoilée de la chapelle de la tour Montaigne

Voûte étoilée de la chapelle de la tour Montaigne. Photo : Charlène Potier

Au rez-de-chaussée se trouve la chapelle, avec sa voûte étoilée – qui faisait dire à Montaigne qu’il dormait au-dessus des étoiles – et une fresque partiellement effacée représentant Saint Michel transperçant le dragon de sa lance. Un singulier conduit discrètement caché à gauche de la fenêtre permettait à Montaigne d’écouter la messe depuis sa chambre, située juste au-dessus.

Un étroit escalier en colimaçon nous mène ensuite à sa chambre, d’où se détache une seconde pièce dans laquelle Montaigne entreposait sa garde-robe ainsi que le coffre, toujours présent aujourd’hui, dans lequel fut retrouvé en 1770 son carnet de voyage rédigé lors de son escapade en Europe.

La « Librairie »

Au dernier étage se situe le bureau de Montaigne, la pièce la plus importante, celle qu’il avait surnommée la « Librairie » et dans laquelle il se réfugiait pour méditer et écrire. Il s’y retire en 1571 pendant presque dix ans, pour entamer ce que les historiens nomment sa « retraite ». Cette pièce était suffisamment large pour y vaguer de long en large – car Montaigne se disait capable de bien penser que lorsque son corps était en mouvement !

Maximes gravées sur les solives de la Librairie de Montaigne

Maximes gravées sur les solives de la Librairie de Montaigne. Photo : Charlène Potier

 

Entouré des penseurs qui l’ont inspiré, il fit graver une cinquantaine de maximes latines et grecques pour orner les poutres de la « Librairie ». Il y fit également installer sa bibliothèque, avec celle que lui avait léguée son ami le plus proche, Etienne de La Boétie. Aujourd’hui, cette bibliothèque a été dispersée, la Bibliothèque de Bordeaux en conserve quelques ouvrages, mais vous pouvez la redécouvrir en images grâce au travail de Monloe et d’Archéovision, ici !

Juxtaposé à la « Librairie » se trouve un petit cabinet de travail dans lequel Montaigne se retirait en hiver, pour s’abriter du froid. En effet, il avait bouché le conduit de cheminée auparavant présent dans la « Librairie » de peur que ses livres ne brûlent. De cette fenêtre, il pouvait admirer tout son domaine et veiller sur l’ensemble de ses domestiques, sans être dérangé.

A sa demande, le cabinet avait été décoré de plusieurs peintures, dont il ne reste aujourd’hui que quelques traces éparses : des tableaux mythologiques (Mars et Vénus surpris par Vulcain), la scène du naufrage de l’Enéide, des scènes de piété filiale ou de « charité humaine », une référence au célèbre trompe-l’œil de Zeuxis représentant une grappe de raisins si réaliste que même les oiseaux s’y méprenaient !

Inscription latine au mur du cabinet de travail de Montaigne

Inscription latine au mur du cabinet de travail de Montaigne. Photo : Charlène Potier

Il y fit également graver une inscription latine lorsqu’il prit sa retraite : « L’an du Christ 1571, à l’âge de 38 ans, la veille des calendes de mars, anniversaire de sa naissance, Michel de Montaigne, depuis longtemps dégoûté de l’esclavage de la cour et des charges publiques, se sentant encore en pleine vigueur, vint se reposer sur le sein doctes vierges, dans le calme et la sécurité ; il y franchira les jours qui lui restent à vivre. Espérant que le destin lui permettra d’activer la construction de cette habitation, douces retraites paternelles, il l’a consacrée à sa liberté, à sa tranquillité et à ses loisirs. »

 

Après sa mort

En 1592, Montaigne est enterré au couvent des Feuillants, à l’actuel emplacement du musée d’Aquitaine. Son cœur fut déposé dans l’église de Saint-Michel-de-Montaigne, à quelques centaines de mètres du domaine.

La veuve de Montaigne, Françoise de La Chassaigne, résida au château après la mort du philosophe. Elle y reçut Marie de Gournay, la « fille spirituelle » de Montaigne, que celui-ci avait rencontrée en 1588 lors d’un voyage à Paris, et qui était devenue une de ses plus proches confidents.

Marie de Gournay est une femme à l’esprit vif, elle fréquente les salons d’écriture et l’on dit d’elle que ses paroles sont aussi piquantes que sa barbe ! Elle participa à la dernière édition des Essais (1595) à la demande de Françoise de la Chassaigne, elle seule était capable de relire les « allongeailles« , les dernières notes que Montaigne rédigea.

Pierre Magne, ministre de Napoléon III, acheta le château en 1860. Aujourd’hui la famille Mähler-Besse (6ème et 7 ème générations après Pierre Magne) occupe les lieux et fait découvrir le château lors de visites des pièces (meublées d’époque) que compose le rez-de-chaussée (hall d’entrée, salle à manger, grand salon, petit salon et bibliothèque). La tour de Montaigne est classée au Monuments historiques depuis 1952. La protection des Monuments historiques a été étendue à l’ensemble du château en 2009.

Vous pouvez poursuivre la visite de la tour, tous les jours au domaine de Montaigne. Le château peut être visité sur demande.

Manon Grier

Manon Grier, responsable de l’accueil des publics au château Michel de Montaigne

 

 

« Lire les Essais, c’est comme une thérapie. »
Manon Grier

 

 

 

 

 

 

Source : Montaigne, Stefan Zweig